Immigration et modernité
L’objet de ce travail est de comprendre les mutations profondes qu’une politique d’immigration incontrôlée est en train de générer au sein des peuples européens et surtout de mettre à jour les conditions de possibilités d’un tel état de fait, qui nous semblent plus fondamentales que quelques décisions conjoncturelles ou encore qu’un complot activement orchestré par des minorités agissantes. Nous envisagerons tout particulièrement le cas de la France, dans la mesure où même si elle croit se singulariser par son « modèle républicain », la philosophie qui l’anime n’est qu’une incarnation parmi d’autres de la conception moderne de la société, une « variante » ayant visé à freiner l’atomisation libérale de la société que nous décrivions dans un précédent travail. Il s’agira de comprendre dans quelle mesure le dispositif universaliste républicain est en train de se muer en multiculturalisme (en vogue dans les pays anglo-saxons), au nom d’un « égal respect » des cultures et d’une ouverture à l’autre. Toutefois ce multiculturalisme semble lui-même constituer une forme transitoire vers un renouveau communautaire, paradoxalement forme sociale pré-moderne, qui peut présenter pour notre combat certes un horizon positif (la défaite du système universaliste abstrait face aux particularismes), mais aussi un grand danger (l’esprit de communauté subsistant chez les autres alors que notre propres valeurs structurantes pour des raisons qu’il nous faudra évoquer ont disparu…).